Robert Alfonsi, 1er secrétaire fédéral du PS Varois a récemment adressé un courrier à plusieurs membres du gouvernement Fillon, en l'occurrence
Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Jean-Marie Bockel, Martin Hirsh et Fadela Amara. Il entendait ainsi les interpeller sur leur décision de rentrer au gouvernement et sur l'ambiguïté de leur
action par rapport à leur engagement passé aux côtés de la gauche et des socialistes. Un seul de ces ministres à répondu publiquement dans un courrier que vous pouvez également
consulter.
Lettre de Robert Alfonsi (à Jean-Pierre Jouyet)
"Monsieur le Secrétaire d’Etat,
Vous avez été des nôtres pendant de nombreuses années, défendant des valeurs de justice, de solidarité, de fraternité aussi.
Au printemps dernier, vous avez accepté de devenir Ministre de Nicolas Sarkozy malgré la tonalité très droitière de sa campagne.
Avec de nombreux hommes et femmes de gauche, j’ai été déçu, peiné même par votre ralliement inattendu mais, j’ai espéré que votre présence « adoucirait » la politique du Président.
Force est de constater plus de cent jours après la composition du gouvernement qu’il n’en est rien, bien au contraire !
Après le paquet fiscal qui ne profite qu’à une poignée de privilégiés et qui « grille » 15 milliards d’€uros qui auraient été tellement plus utiles ailleurs, le discours de Dakar caricaturant «
l’homme africain rétif au progrès », voici venu le temps où l’on veut faire juger les fous et épargner les patrons en dépénalisant le droit des affaires.
Mais, le pire était à venir avec cette dernière trouvaille qui vise une fois de plus à flatter l’électeur dans le sens du poil : le contrôle génétique des immigrés. Il n’y a pas si longtemps
pourtant, ces mesures vous auraient indignées. Aujourd’hui, je constate avec tristesse Monsieur le Ministre, Madame la Ministre, que vous ne dîtes toujours rien.
L’Histoire m’a appris qu’il n’est pire dévot que les convertis de fraîche date mais, je pensais que vous n’étiez pas de cette « race » là.
Je me suis trompé et sincèrement je vous plains car comment peut-on garder l’estime de soi quand on se rend complice d’une politique si éloignée des valeurs que l’on a défendu toute sa vie
?"
Robert Alfonsi
Réponse de Jean-Pierre Jouyet
"Monsieur le Président,
J'ai bien reçu votre courrier du 17 septembre et vous en remercie. Vous
appelez mon attention sur le rôle que peuvent avoir les membres du
gouvernement qui, comme moi, ont une sensibilité
social-démocrate, au sein
de l'action de l'exécutif. Vous soulignez en particulier la question du
contrôle génétique pour les candidats à l'immigration.
Comme j'ai eu l'occasion de le dire, j'ai rejoint le gouvernement de M.
Nicolas Sarkozy avec l'ambition d'y porter mes convictions européennes, et,
partant, d'être utile pour la France et
pour l'Europe. Ce choix, qui répond
à une proposition du Président de la République et du Premier ministre dont
la force de l'engagement européen n'est pas contestable, s'inscrit dans la
volonté de rassembler toutes nos forces pour faire progresser l'Europe.
A cet égard, il me semble que depuis quelques mois, le retour de la France
en Europe et la relance de l'Europe sont
des réalités objectives, dont
l'accord de Bruxelles en juin dernier en vue d'un traité simplifié n'est pas
la moindre.
Ce retour tient largement aux initiatives prises par le
Président de la République et le Gouvernement.
Pour moi, l'Europe n'est ni de droite, ni de gauche. Elle doit être
citoyenne et
européenne : ce sont précisément les deux thèmes sur lesquels
nous travaillons avec Bernard Kouchner pour marquer notre prochain semestre
de présidence de l'Union européenne à partir de
juillet 2008.
De même, je crois que l'action de réformes dont notre pays a depuis si
longtemps besoin et qui est enfin engagée est largement comprise, et
partagée. Ces réformes sont nécessaires et
transcendent les clivages
partisans.
Pour autant, je ne partage pas nécessairement absolument toutes les
orientations prises dans toutes les matières qui ne sont pas celles dont je
suis
directement en charge.
En tant que membre du Gouvernement, comme le savent le Président de la
République et le Premier ministre, je voulais vous dire que je garde mes
convictions personnelles de citoyens que
sont la justice, l'équité, la
solidarité et que je les porte aussi haut que possible dans le cadre de la
solidarité gouvernementale.
Je l'ai fait, publiquement, sur le referendum
automatique pour les futures adhésions à l'Union européenne. Je l'ai fait
aussi pour préciser ma vision de la situation des finances publiques
françaises.
S'agissant des contrôles génétiques, je n'ai pas eu l'occasion de m'exprimer
à ce sujet, mais puisque vous me le demandez, je vous dis brièvement ce que
j'en pense. Je trouve
que cette proposition de tests ADN dans le cadre du
traitement des demandes de visas n'est pas opportune : que dirait-on si l'on
imposait des tests ADN pour des Français candidats à
l'émigration ? Comment
traitera-t-on les demandes relatives aux adoptions ? Vous en conviendrez,
cette proposition soulève beaucoup de questions éthiques, politiques, voire
pratiques, pour
des avantages qui ne me paraissent pas la justifier.
En un mot, pour conclure, je considère que ma participation au Gouvernement
est une chance pour porter les sensibilités et les convictions qui sont les
miennes, et, en accord avec le
Président de la République et le Premier
ministre, je le ferai selon les usages républicains. C'est d'ailleurs sans
doute une des raisons pour lesquelles le Gouvernement a ainsi été
constitué,
au-delà de la seule majorité parlementaire et présidentielle.
Tels sont, Monsieur le Président, les éléments que je souhaitais apporter en réponse à votre lettre.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma
considération distinguée.
"
Jean-Pierre Jouyet